vendredi 29 mai 2009

Quand l'enfant paraît.

Hier en ouvrant ma boite aux lettres, au milieu du fatras habituel de factures, de relevés et de publicités pour pizzas king size, j'ai découvert une grosse enveloppe.
De celles, blanches et dodues, qui abritent généralement quelque chose d'important et de fragile. Pas d'expéditeur. Juste mon nom et mon adresse.
Le contenu, compact et rigide, était assez lourd.
380 pages au bas mot.
Oui, vous l'aurez compris, mon éditeur me faisait l'agréable surprise de m'adresser un premier exemplaire de mon roman, tout frais sorti des rotatives.
Le cœur battant, je déchirais fébrilement la malheureuse enveloppe dans l'ascenseur, éparpillant dans mon impatience les autres courriers autour de moi.
Le livre, rebelle, refusait de sortir de son cocon douillet et c'est finalement à coups de dents que je parvins à l'extraire.
Je levais délicatement, à hauteur des yeux, tel un nouveau-né longtemps attendu, mon roman "Les fantômes du Panassa".
Mon roman. J'écris ces deux mots comme si c'était banal. Comme si c'était parfaitement naturel et courant de dire "mon roman", alors que c'est tout bonnement extraordinaire ! Deux mots que j'ai envie de mettre en majuscules pour en souligner le caractère exceptionnel. MON ROMAN.
Insuffisant ! Comment transcender ces quelques syllabes ? En les mettant en italique ? Mon roman. En gras ? Mon roman. Avec des smileys tout autour ? Non, il faudrait toute la magie des enlumineurs du moyen âge pour habiller d'or ces deux mots.
Je contemplais le prodige avec l'œil attendri et un peu inquiet d'un père pour sa progéniture.
380 pages donc. Parfaites proportions. Poids correct. De belles couleurs. Une odeur agréable. Un abord sympathique. Pas de défauts apparents, ni de malformations. Ouf !
Une vague de fierté déferla sur moi et je me sentis rosir de plaisir.
Je découvris également, sur une carte jointe (un faire-part ?), un petit mot gentil de mon éditeur. Il se disait ému, lui aussi, et souhaitait bonne fortune au nouveau né.
J'ai alors réalisé que ce bébé était aussi un peu le sien.
Ca m'a fait tout drôle de partager cette paternité.
Et ce n'est pas fini : bientôt, le 11 juin prochain, mon roman sera aussi un peu le votre !
C'est fou, le garnement est à peine né que déjà il cherche à s'émanciper !

mercredi 27 mai 2009

Illustration d’Alain Mathiot pour "Le Prédateur"


"Le Prédateur"

Je vous ai dernièrement parlé d’Echo qui figure ce mois-ci, au sommaire d’Ananke. Une nouvelle douce et nostalgique comme un alize.
La revue publie également « Le Prédateur » un récit, cette fois, sombre et violent comme une bourrasque hivernale. Il y est question d’un homme qui découvre, incidemment, qu’en faisant du mal à autrui, il parvient à trouver la paix et le bonheur personnels.
« Echo » sondait les profondeurs d’un cœur émoussé par la vie. « Le Prédateur » explore, quant à elle, les méandres d’un cerveau malade.
C’était un des thèmes de prédilection de Robert Bloch et cette histoire lui rend en quelque sorte hommage.
J’ai presque du mal à croire que c’est moi qui ai écrit ces deux récits, si diamétralement opposés, à quelques jours d’intervalle. L’un distille des regrets doux amers, l’autre suinte la haine et la colère.
Je suppose que lorsque j’ai écrit « Le Prédateur », je devais être particulièrement remonté contre quelque chose ou quelqu’un. Dieu merci, la plume – ou plus exactement le clavier – s’est substituée au fusil ! L’illustration d’Alain Mathiot est remarquable. Le contraste entre cette femme somptueuse et le tueur dans l’ombre est parfaitement réussi. Son seul défaut, paradoxalement, est d’être trop belle car, par sa beauté, elle magnifie le mal.

lundi 25 mai 2009

Illustration de Cyril Carau pour "Echo"


"Echo"

Je crois l’avoir déjà dit, j’adore écrire des nouvelles. C’est un format qui me convient et qui s’adapte parfaitement à mon humeur versatile - un jour triste et l’autre gaie – tandis que l’écriture d’un roman demande nécessairement une humeur (et donc un style) plus constant.
Il m’est souvent arrivé de commencer un récit à partir d’une simple ambiance ou d’un sentiment, sans savoir où cela allait me mener. Ca me joue des tours car, écrivant au fil de l’inspiration, j’ai parfois du mal à conclure de façon décisive. Or la chute est un élément capital de la nouvelle. Une chute inattendue sauve une nouvelle médiocre, alors qu’une chute « molle » va ternir l’impression laissée par un bon récit.
Ce mois-ci, Ananke (http://ananke.sombres-rets.fr/index.php?/fanzine/2-ananke-n2) publie deux nouvelles de votre serviteur, très différentes l’une de l’autre - « Echo » et « Le Prédateur » - pourtant écrites à la même période.
Toutes deux reflètent mon état d’esprit de l’époque.
« Echo », magnifiquement illustré par mon ami d’écriture Cyril Carau, qui sans jamais avoir rencontré mon héroïne l’a pourtant fort bien croqué de son trait fin et précis, est un récit nostalgique inspiré de mes navettes maritimes en Martinique.
Car « Chloé » existe. Oh, pas sous ce nom, ni sous cette forme, mais elle existe. Quant à l’homme, j’ai probablement quelques ressemblances avec lui. Mais ce sont l’une et l’autre des projections. On construit avec les matériaux qu’on a à notre disposition, n’est-ce pas ?
Je voulais écrire une histoire à la manière de Ray Bradbury, sur le temps qui passe, sur les rêves enfuis, sur l’amour qui apparaît au moment où on s’y attend le moins. Sur la chance qu’on laisse parfois filer et qui jamais ne revient.
Et comme il y avait cette jeune fille sur le bateau…

mercredi 20 mai 2009

Couverture de "Les fantômes du Panassa", Prix du jury du roman de l'été Femme Actuelle 2009


« Les Fantômes du Panassa » : couverture !

Il est grand temps de présenter au monde mon nouveau-né .
Pour vous, cher public, en exclusivité mondiale… (roulement de tambour frénétique), voici la couverture des « Fantômes du Panassa » !
Elle est belle, hein ? Sombre, inquiétante et mystérieuse comme mon roman (je ne suis sans doute pas très objectif, mais comme vous ne l’avez pas encore lu, je peux me le permettre !)
Il s’agit d’une rue de Saint-Etienne, paraît-il. En tout cas, moi j’y mettrais pas les pieds dans cette rue. On imagine sans peine des monstres tapis sous les porches, des regards affûtés comme des lames briller aux fenêtres, la tristesse, la peur et la mort aussi.
Mouais… j’aime beaucoup cette couverture, même si elle fait l’impasse sur le côté humain du roman, sur les tribulations des quatre copains avides de liberté.
Mais j’espère, surtout, que c'est à vous qu’elle plaira !

lundi 18 mai 2009

Corriger ou ne pas corriger (2)

Il y a deux ou trois jours, j’évoquais avec vous mes « états d’âme » sur les corrections à apporter ou non à un texte écrit il y a quelques temps.
Ces réflexions se sont révélées fort utiles lorsque j’ai reçu dernièrement le manuscrit de mon roman pour une « ultime » relecture.
Ultime ? Voire…
Je pensais que ce serait un jeu d’enfant et que ça ne me prendrait que quelques heures.
Résultat, j’y ai passé le week-end !
Un travail nécessaire pour traquer, avant que l’ouvrage ne soit définitivement proposé au public, la plus petite faute d’orthographe, le moindre « mal dit » ou la coquille intempestive !
C’est du boulot, mais ça en valait la peine, je vous assure !
A titre d’exemple voici une perle qui mérite d’être narrée.
L’un des personnages féminins de mon roman s’appelle Hakima. Il s’agit d’un lieutenant de police d’origine algérienne. Pour varier un peu les appellations (jeune femme, policière, femme-flic, lieutenant…) j’avais envisagé d’utiliser le terme « beur » passé dans le langage courant. Jugé peu seyant, la correctrice m’avait alors proposé « métisse », sauf que ben… une métisse, c’est pas une beur ! Il peut y avoir des métisses de beurs, mais beur et métisse, c’est pas du tout la même chose.
Aussi, lui opposais-je un « niet », tout net.
Les jours passent, deviennent des semaines (c’est plutôt rassurant !) et je reçois mon manuscrit. Je m’aperçois à la relecture que cette recommandation a été oubliée (ça arrive, rien de grave, puisque je peux encore corriger !).
Je suis toutefois passablement surpris lorsque je découvre, au détour d’une phrase, qu’un de mes personnages se retrouve avec « un œil au métisse noir » et qu’un peu plus loin un autre lance un étonnant « Métissek ! ».
L’explication de cette étrange interjection, est dans le dialogue suivant entre quatre amis d’enfance :

« Gascogne se tourna vers moi, l’œil brillant :
- D’abord, ce sont de vrais cigares roulés entre les cuisses de superbes señoritas !
- Beurk ! fit Collardo.
- Et surtout ce sont des cigares de révolutionnaires, poursuivit-il. Les mêmes que fument le Che ! »
Et oui, le « Beurk ! fit Collardo. » était devenu « Métissek ! fit Collardo. »

C’est assez drôle, j’en conviens, surtout quand on imagine la tête du lecteur interloqué !
Je vous rassure, les autres corrections étaient moins grossières et surprenantes. Le pire c’est qu’il va sûrement en rester et que je ne pourrais pas revenir dessus : mon livre ne m’appartiendra plus ! (Cf. mon message du 11 mai dernier)

Conclusion : la relecture d’un livre pour corrections reste un travail artisanal et difficile dont l’auteur ne doit pas faire l’économie.
Les correcteurs et correctrices font un boulot formidable (je salue ici les charmantes dames que j’ai croisées lors de la cérémonie du 29 avril dernier et qui en font profession pour Femme Actuelle), qui demande une attention de tous les instants (surtout avec un manuscrit, comme le mien, truffé de fautes, selon l’un des membres du Comité de lecture !) et que ne peut remplacer un correcteur automatique (la preuve !).
Merci infiniment à ceux et celles qui se sont penchés sur mon bouquin et m’ont aidé à peaufiner mon œuvre !

Je viens de renvoyer mon manuscrit à mon éditeur.
On entre maintenant dans une nouvelle phase. Le livre va être envoyé chez l’imprimeur. Il en ressortira avec une belle couverture et mon nom dessus.
Une belle couverture ? Ben oui, je ne vous l’ai pas encore dit : j’ai la couverture !
Les plus impatients la trouveront sur Internet, les autres devront encore attendre un jours ou deux !

jeudi 14 mai 2009

Couverture d'Ananke N° 2 avec "Le Prédateur" et "Echo"


La revue ANANKE N° 2 vient de sortir !

Il sort tout chaud de l'imprimeur ! Il sent bon ! C'est le numéro 2 d'Ananke le fanzine du polar et de l'étrange !
Le premier a été rapidement épuisé. Aussi, petit conseil : ne tardez pas à commander le petit dernier !
En plus, l'équipe a eu l'extrême gentillesse de publier deux de mes nouvelles aux antipodes l'une de l'autre. La première est romantique et nostalgique, la seconde est noire et méchante.
Les illustrations sont superbes vous verrez.

Voici le sommaire de ce numéro dont la couverture est signée Annick DC :

"Le prédateur" de Yves-Daniel Crouzet - Illustration Alain Mathiot
"Scoumoune" d'Albin Lazariani - Illustration Grem
"Basse oeuvre" d'Axel Angel - Illustration Fablyrr
"Tri sélectif" de Romano Vlad Janulewicz - Illustration Blÿnt
"La relève" une BD de Max-Philippe Morel
"La vieille Margot" d'Elie Darco - Illustration Martine Fassier
"L'absent" de Laetitia Carau - Illustration Annick DC
"Echo" de Yves-Daniel Crouzet - Illustration de Cyril Carau

Prix de vente 5,50 euros (frais de port inclus pour la France Métropolitaine.)
N'hésitez plus une seconde : commandez (ou je tue le chien !)
Une seule adresse : http://ananke.sombres-rets.fr/index.php?/fanzine/2-ananke-n2

mardi 12 mai 2009

"Les Fantômes du Panassa" devient...

Après moult réflexions, sondages, brainstorming, questionnements et tortures mentales, "Les Fantômes du Panassa" devient... "Les fantômes du Panassa" !
Oui, je sais c'est nul ! Tout ce remue méninges pour rien ! Toutes ces nuits blanches que vous avez passées, chers Internautes, à vous creuser la tête et à fixer le plafond d'un œil fiévreux (l'autre dormait paisiblement), pour ce résultat pathétique !
Rassurez-vous, vous n'étiez pas les seuls ! Si seulement vous pouviez voir ma tête décomposée !
C'est que j'avais tout ou presque envisagé. J'en étais d'ailleurs à "Le petit garçon qui jouait avec des allumettes sur un tas de charbon", c'est vous dire !
Bon, la décision est tombée. Du haut de leur tour d'ivoire, dans le grand bureau ovale de direction, feutré et douillet, avec vue imprenable sur l'Arc de Triomphe, les caciques ont tranché. "On n'a pas trouvé mieux !" m'a dit mon éditeur. "En fait, il est très bien ton titre ! Évocateur et mystérieux ! J'comprends pas qu'on ne s'en soit pas aperçu plus tôt ! Sans compter que "Panassa" c'est vraiment... un mot.... comment dire... et bien... heu... tu vois... un mot qui... sonne bien !"
Ouais, voilà ce que mon éditeur m'a déclaré et de continuer tout guilleret, pas honteux du tout :
"Et puis, c'est super les fantômes ! C'est porteur comme thème. Nouveau et tout ! Pas vu !"
Là, très clairement, je me suis dit qu'il se fichait de ma poire !
Bon, j'ai pas voulu faire d'histoires... Surtout parce que le nom "Les Fantômes du Panassa" commence à circuler. Que Paulo Coelho a remis le prix du Jury du roman de l'été Femme Actuelle 2009 aux "Fantômes du Panassa" et pas à "Le petit garçon etc...". Et puis, allez expliquer un pareil changement ensuite ! Brouillard complet en termes de communication ! "Comment il s'appelle déjà votre roman ? Mais c'est pas celui-ci qui a reçu le prix !".
Bon, un peu triste quand même, j'ai donc remballé ma longue liste de titres (j'aimais bien "Ainsi reviennent les morts" et "Les méandres du passé" merci Bérénice !).
"Les Fantômes du Panassa" est mort, vive "Les Fantômes du Panassa", hein ?
Merci à tous ceux qui ont cherché dans leur coin. Merci, surtout, à ceux qui m'ont fait part de leurs idées.
Vous savez, toutes ces propositions de titres, portent en elles des germes de romans. Si, si, je vous assure !
Alors à vos plumes et peut-être que l'un d'eux émergera du terreau de votre imagination et qu'un beau roman verra le jour...
Un roman, dont on s'ingéniera bien sûr, ensuite, à modifier le titre !

lundi 11 mai 2009

Corriger ou ne pas corriger ?

Quand un texte (nouvelle, roman, essai…) est-il définitif ?
C’est la question que je me suis posé à la relecture de " Sous l’aile de l’Ange ", une nouvelle à venir dans l’anthologie " Afrique " à paraître en octobre prochain chez Parchemins et Traverses (http://www.parcheminstraverses.com/).
Au vu du texte que j’avais à corriger ce week-end, la réponse qui m’est venue spontanément à l’esprit est : jamais !
Cette histoire, qui me tient à cœur car elle évoque mes souvenirs d’Afrique et mon amour pour ce continent tragique et merveilleux, cette histoire donc, présentait des faiblesses que je me suis efforcé de corriger à la relecture.
Ce qui entraîne une seconde question : ai-je bien fait ?
Car un texte (son thème, sa forme, son style) est le reflet d’un instant " t " de la vie de l’auteur – un cliché photographique en quelque sorte. Donc, a-t-on le droit de le modifier au risque de dénaturer l’œuvre initiale ? De perdre l'authenticité première ?
J’ai lu quelque part qu’un illustre peintre aujourd’hui décédé, ne pouvait s’empêcher de se rendre au Louvre où ses toiles étaient exposées, pour effectuer des retouches. Perfectionnisme ? Insatisfaction chronique ? Peur d’être dépossédé de son œuvre ? Ou quête d’absolu ?
Un créateur est par essence un être insatisfait, mais il faut bien, à un moment donné, poser son pinceau ou sa plume. Donner son œuvre en pâture - ou plus exactement l’offrir -, au public.
C’est, je crois, cette étape essentielle qui marque la séparation de l’œuvre et de son auteur et qui confère à la première son caractère indépendant et définitif.
Ensuite, elle ne lui appartient plus.

mercredi 6 mai 2009

Une étincelle dans la nuit…

Il y a une semaine…
Il y a une semaine déjà qu’a eu lieu l’extraordinaire soirée de remise des prix du Grand Prix du roman de l’été Femme Actuelle 2009.
Extraordinaire pour au moins trois personnes, plus leur proche famille.
Il y a une semaine, à cette même heure, j’étais probablement en train de sourire bêtement à un objectif, de répondre distraitement à un invité, la tête dans les nuages. A savourer chaque instant de ce petit fragment de gloire. Un œil attendri sur mon fils.
Une semaine… C’est fou comme le temps passe vite et érode tout. Dès le lendemain, la vie a repris ses droits : métro, boulot, dodo. Il me reste une poignée de souvenirs, une odeur douce et entêtante accrochée à la trame de l’existence.
Ces instants sont comme les feux d’artifice, magiques et féeriques, ils brillent de mille éclats et couleurs mais sont aussi éphémères que des étincelles dans la nuit.

lundi 4 mai 2009

Projet de discours pour le prix du roman de l'été Femme Actuelle 2009

Ce week-end en m'apprêtant à mettre du linge sale dans la machine à laver, j'ai fouillé dans mes poches (c'est bien, n'est ce pas ? Ca évite les peluches sur le linge et les bourrages dans le filtre de la machine et, surtout, les billets de 20 euros irrémédiablement chiffonnés !)
J'y est retrouvé des fragments de la soirée de mercredi : ticket de métro, résidus de cacahouètes, quelques cartes de visite, un mouchoir avec une trace de rouge à lèvres (?!) et un papier plié en quatre et passablement abîmé.
En le dépliant, j'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait. De mon projet de discours. Ma fameuse anti-sèche (voir messages précédents).
Je vous le livre tel quel, sans certitude aucune sur ce qui en est resté lorsque j'ai pris la parole pour recevoir le prix du Jury des mains de Paulo Coelho et Muriel Picard.
C'est un peu grandiloquent certes, mais je n'ai pas trouvé mieux.

La publication de ce roman est l’aboutissement d’un rêve.
Un rêve entamé dans les années 70 et trop longtemps perdu de vue, car s’il ne m’a fallu que quelques mois pour écrire « Les fantômes du Panassa », il m’a fallu, en revanche, de longues années pour oser, enfin, me confronter à mes rêves.
Car ce n’est pas l'ascension de la montagne qui est impressionnant et difficile. Ce qui est impressionnant, c’est de la contempler, depuis sa base, dans toute son immensité.
Aujourd’hui, avec ce prix du Jury, je suis à mi-pente et je regarde le chemin parcouru. Fier et triste à la fois ; car les regrets – et surtout celui de ne pas avoir commencé plus tôt - sont toujours tristes.
Je regarde le sommet et je doute. Je sais bien que je n’arriverai jamais en haut.
Qu’importe ! Ce roman n’est qu’un premier pas et je vais continuer d'avancer.
Je me le suis promis.
Je remercie tous ceux qui m’ont accompagné dans mon aventure, anonymes sherpas d’une course égoïste contre moi-même.
Merci à ceux qui ont cru en moi : amours, famille, amis.
Merci à mon éditeur Jean Laurent Poitevin, à monsieur Coelho et aux membres du jury du Grand Prix Femme Actuelle.
Enfin et surtout, merci aux lectrices et aux lecteurs du comité de lecture des Nouveaux Auteurs ; leurs commentaires enthousiastes me sont allés droit au cœur.
N’attendez pas pour croire en vos rêves !
Merci.

vendredi 1 mai 2009

Conférence de presse avec Paulo Coelho

Photo Manuelle Toussaint

Prix du roman de l’été Femme actuelle 2009 : retour sur une soirée unique en compagnie de Paulo Coelho.

6 h15 : Je m’éveille en hurlant d’une nuit sans sommeil. Je viens de faire un rêve affreux dans lequel j’ai oublié le texte de mon discours. Je suis seul sur une petite estrade, les bras dans le dos comme un écolier devant sa classe. Devant moi une foule anonyme m’observe. Cheveux blancs. Visages sévères. Sourcils froncés. Je sens leurs yeux réprobateurs qui me scrutent. Et les mots qui ne veulent pas sortir !
En désespoir de cause, je récite une fable de la Fontaine « La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ». Risée de l’assistance. Cri. Réveil.

8 h 05 : Je sors du lit. Etat = fébrile. Bouche pâteuse. Pourtant, je n’ai rien bu la veille. J’comprends pas. Je trébuche jusqu’à la salle de bain.

10 h : Je sors de la salle de bain, éjecté par mon fils. « Ah, t’étais là ! » me jette-t-il. Mince ! Et moi qui pensais passer inaperçu toute la journée ! Faut que j’trouve une autre cachette.

11 h : Appel de mon éditeur : « C’est tout bon ! Préparez votre discours ! »

12 h : Je révise mon discours. « C’est un honneur et un plaisir, blablabla… » Putain, c’est nul !

13 h : Déjeuner liquide : La bière m’aide à faire passer le whisky.

16 h : Mon fils vient me tirer de mon fauteuil où je dormais paisiblement, détaché de toute contingence matérielle.
« Heu, P’pa…, faut peut-être y aller là ! Je crois que je vais t’accompagner finalement, ça vaut mieux ! »

16 h 30 : Tout le monde me regarde bizarrement dans le métro. Faut dire que je n’arrête pas de balbutier des prières, en serrant mon sac à dos contre ma poitrine.

17 h : Mon fils me traîne par la main jusqu’au Café des Editeurs, place de l’Odéon, entre Saint-Michel et Saint-Germain des Prés. On ne nous laisse pas entrer. Ils sont encore en plein préparatifs. « Allez on rentre à la maison ! », je souffle à mon fils qui, pour me calmer, m’entraîne vers le bar le plus proche.

17 h 30 : Séance de photos en pleine rue. Les gens s’arrêtent pour me regarder. Je prends la pose. « Tiens, Benoît Poelvoorde ! » lance quelqu’un.

18 h 30 : Je dis bonjour à plein de gens. Je rencontre la charmante Alexandra Rossi qui va bientôt recevoir le prix Coup de Cœur de Paulo Coelho. Vingt-trois ans. Elle a écrit son livre en moins de trois mois ! Un récit historique dont l’action se déroule au cours des croisades « Les lames de Dieu ».
Je serre la main de Jean-François Bouygues qui recevra le grand prix pour « Au bord des cendres ». Sympa et réservé. Je crois qu’il sent déjà la pression de ce grand prix. Son roman a une histoire étonnante puisqu’il a déjà été édité à compte d’auteur il y a 10 ans !
Non loin de moi, mon fils me surveille et me pince lorsque je dis des âneries ! Le lendemain je découvrirais que j’ai des bleus partout !

19 h : Paulo Coelho arrive. Très sympa, simple et abordable. Les lauréats de l’année dernière également. Nouvelles séances photos. Les nouveaux et les anciens. J’échange quelques mots avec Paulo Coelho. Je l’appelle respectueusement monsieur Coelho. Il me répond avec cet accent brésilien délicieux et évocateur de paradis « Appelle-moi Paulo, pas monsieur ! » « Bien monsieur Coelho ! »

19 h 30 : Conférence de presse. Nous présentons chacun nos livres. Nous répondons aux questions des journalistes. Je suis étonnement détendu. Je me demande même vaguement si je ne suis pas en train de dormir et si tout ça n’est pas un rêve. Pourvu que je ne me mette pas à réciter une fable !

20 h : J’attrape un verre de vin. Excellent. Trop bon pour être issu des vignes de mon imagination en tout cas. Je suis donc réveillé. J’échange quelques mots avec Muriel Picard rédactrice en chef de Femme Actuelle. Membre du Jury, elle a lu mon livre et me dit l’avoir beaucoup aimé. Elle est charmante. Vraiment !

20 h 30 : C’est le remise des prix. Plusieurs discours se succèdent. Celui du patron du groupe Prisma Presse, celui de mon éditeur. La foule est légèrement en contrebas. Il y a plein de visages, comme dans mon rêve ! J’ai un léger vertige et croise le regard ferme de mon fils. Je m’y accroche et j’y puise un regain de force. Je peux y arriver ! J’arriverai à réciter cette foutue fable sans me tromper ! Pardon, ce foutu discours !
Paulo Coelho accompagné de Muriel Picard ouvrent le bal. « Le prix du Jury est attribué à Yves-Daniel CROUZET pour son roman « Les fantômes du Panassa » ! » Aaargh, c’est moi ! Je le savais, mais ça fait quand même quelque chose. Je titube. Prends le micro. Crépitement des flashs. Applaudissements. Dire quelque chose… Maintenant… N’importe quoi, sauf… une fable ! J’avais pourtant un discours tout prêt ! Ca y est je me lance ! C’est parti !
J’ignore ce qui est resté de mon discours initial. Tout ce que je sais, c’est qu’un peu plus tard Monsieur Gonzague Saint Bris, est venu me serrer la main en me félicitant pour mon allocution. J’en suis resté… médusé !
Le prix Coup de Cœur est ensuite allé à Alexandra Rossi pour « Les lames de Dieu » et le Grand Prix à Jean-François Bouygues pour son roman « Au bord des cendres ». Leurs discours étaient parfaits. Aucun d’eux n’a récité de fables !

Après 21 h : Le temps me joue ici des tours. Difficile de reconstituer le reste de la soirée. Je me souviens d’avoir échangé quelques mots avec les uns et les autres. Avec le très sympathique gagnant de l’édition 2008 du Coup de Cœur de Paulo Coelho, Jérôme Manierski. Avec d’accortes jeunes femmes (je le sais, mon fils ne cessait de me tirer par le bras !) Un verre de vin rouge à la main (un à la fois, mais au final plusieurs !) j’ai déambulé entre les convives, cédant en toute simplicité au jeu des questions et des réponses. Parfois, mon fils me tirait par le bras. Parfois pas. Je vous laisse le soin de deviner quand. Au bout d’un moment il s’est lassé de me surveiller et s’est retiré dans un coin avec sa DS. Enfin libre ! Le problème c’est qu’il n’y avait plus personne ! Le Café des Editeurs était presque vide. Ca ressemblait méchamment à une fin de soirée. Normal, c’en était une. Je n’avais même pas dit au revoir à Paulo. Ni à Muriel. Ni à mon éditeur ! A l’extérieur les gens vaquaient à leurs occupations, insoucieux du bref moment de gloire qui avait été le mien (salut Andy !).

24 h 02 : C’est déjà demain. Cette soirée magnifique, de rêve, unique a déjà eu lieu… hier !
Le voyage retour s’est passé sur un nuage. Depuis quand métro et RER planent-ils aussi haut ? Mon fils est heureux. Moi aussi.
Arrivé à la maison, je m’assois devant l’ordinateur pour laisser un petit message à mes trois fans ! Mes yeux sont emplis d’étoiles humides.

25 h (heu, 1 heure !) : Je me glisse dans mes draps. Les rêves affleurent déjà à la périphérie de ma conscience. Ils sont doux et agréables. Je m’endors en souriant.

Un grand merci à mon éditeur Jean-Laurent Poitevin, à Femme Actuelle, au sympathique directeur du Groupe Sigma Presse et à tous les gentils organisateurs de cette cérémonie magnifique. Merci à la photographe Manuelle Toussaint http://web.mac.com/manuelletoussaint/Site/Bienvenue.html qui malgré mon stress est parvenue à me faire sourire. Elle a pris en photos les plus grands : sur son book électronique j’ai vu Alain Delon, Vincent Cassel, Alain Chabat, Gérard Depardieu, Ralph Fiennes, Bruce Willis, Robert Duval, Robert Mitchum !
Grâce à eux tous, j’ai passé une soirée magique ! En toute sincérité.